Un développement social mal partagé


Des salles de classe nombreuses mais surpeuplées

Le Gabon présente une curieuse propension à cultiver les paradoxes dans sa politique culturelle et: sociale. En effet, s'il est: particulièrement: bien équipé en infrastructures scolaires, hospitalières et culturelles, leur fonctionnement en réduit sensiblement l'efficacité et la population ne profite pas toujours des efforts importants réalisés par l'Etat dans ces domaines.

 
Un système scolaire bien développé

Chose rare en Afrique et dans beaucoup de pays du monde, le taux de fréquentation des écoles atteint pratiquement cent pour cent au Gabon, avec une réelle politique de proximité, les zones rurales n'ayant pas grand chose à envier aux villes  dans  ce  domaine. Jusqu'à 16 ans, garçons et filles vont en classe. II existe au moins un collège dans chaque agglomération importante et un lycée d'État par province. Le Lycée Technique, l'Université  Polytechnique  de Masuku à Franceville et l'Université Omar Bongo de Libreville, permettent à la  plupart  des  Gabonais  d'acquérir  une véritable formation et des diplômes permettant  une  équivalence  dans  les grandes écoles et universités occidentales. Le système d'éducation est analogue au système français et un gros effort est fait pour former et recycler les enseignants. Reste que les classes sont trop souvent surpeuplées, atteignant voire dépassant  les  100  élèves,  et  les Gabonais les plus fortunés, convaincus à tort ou à raison que l'école publique n'offre pas un enseignement de qualité, font de plus en plus souvent appel à la multitude d'écoles privées qui fleurissent dans les grandes villes, pour scolariser leurs enfants. La formation des adultes revêt autant d'importance que celle  des  enfants  et des animateurs ruraux se chargent d'alphabétiser et de former à l'hygiène, à la nutrition et aux méthodes modernes d'agriculture les habitants des villages plus reculés.
Dans ce domaine comme dans tous les autres, le véritable problème vient du manque de contrôle et d'évaluation des actions menées qui permettraient d'en accroître sensiblement l'efficacité.

Un nécessaire effort de santé publique

Si l'effort consenti par l'Etat Gabonais en faveur de l'amélioration des conditions sanitaires est évident, il pêche lui aussi par le manque de suivi et les 39 centres médicaux, 266 dispensaires, 23 hôpitaux, 7 centres de santé et 62 cases-santé de village, répartis sur l'ensemble du territoire ne parviennent pas à améliorer sensiblement les taux de mortalité, tant infantiles qu'adultes. Au plan politique la priorité  porte sur le renforcement des soins de santé primaire, la protection maternelle et infantile, la vaccination et la médecine traditionnelle. La réfection des centres hospitaliers est en cours et un réel effort est fait pour équiper le Gabon de matériel performant. Mais les médicaments restent chers pour la majorité de la population et l'écart est grand entre les cliniques privées réservées aux classes aisées de la population et les structures d'Etat ouvertes à tous. Malgré ces disfonctionnements, le Gabon fait toute fois figure de privilégié en Afrique et la Caisse Nationale de Sécurité Sociale apporte une des couvertures sociales les  plus  avancées  d'Afrique.  Dans  ce domaine, comme dans celui de l'éducation, la crise économique que subit le pays depuis quelques années a des effets extrêmement négatifs et les aides accordées par l'Union Européenne, la Banque Africaine de Développement (BAD) et la France sont loin d'être suffisantes.

Le renouveau de la culture gabonaise  

En fait, il est un peu risqué de parler de culture gabonaise en général, celle des Fang étant bien différente de celle des Bapunu ou de celle des Myénés. Mais le sentiment national largement promu par les dirigeants politiques depuis l'indépendance contribue à créer une sentiment d'unité culturelle et artistique. La notion même d'art est étrangère à l'Africain animiste et les objets créés pour communiquer avec le monde spirituel ne visent pas  l'esthétique,  mais  l'efficacité pour lutter contre les forces destructrices et dissociatrices de l'univers.

 L'évangélisation ayant peu à peu fait disparaître les rites religieux auxquels servaient ces objets, leurs propriétaires se séparèrent sans peine des masques et statues devenues sans intérêt. C'est ainsi que le Gabon se vit dépossédé de véritables chef-d'oeuvres en même temps que du savoir faire qui accompagnait leur conception et leur fabrication. Ce n'est que récemment que les dirigeants Gabonais ont pris conscience de cette perte irréparable et des efforts considérables sont faits pour sauvegarder ce qui peut encore l'être. Les quelques gardiens, des traditions qui vivaient encore dans les zones reculées du pays, comme les Mitsogho adeptes du Bwiti, ont retrouvé l'importance qu'ils avaient perdue. Ce renouveau des traditions, bien qu'encore discret, permet à une génération de jeunes artistes d'apparaître, associant avec bonheur tradition et modernisme. Les différentes formes artistiques qui connaissent un renouveau certain sont très variées : la sculpture, la vannerie, les talismans et la fabrication de masques en sont des éléments visibles. Mais c'est dans la musique et la littérature qu'apparaissent les figures les plus marquantes. Les instruments traditionnels que sont l'arc musical (ibita), le balafon, les xylophones, les harpes et les cithares font une réapparition en force de même que les groupes de danseurs et chanteurs traditionnels, fardés de kaolin, de poudre de bois rouge et de charbon, costumés de raphia. Dans la mode, avec Olga 0, le même retour aux traditions est lui aussi sensible. Le Mvett, conte oral chanté et dansé caractéristique de la culture Fang, connaît lui aussi un regain d'intérêt. Certes, le Gabon souffre cruellement d'une acculturation visible. Mais de nombreux groupes traditionnels qui n'ont rien de folklorique, des artistes de talent à la stature régionale, voire internationale, et des artisans de plus en plus nombreux, sont en train de créer un fort courant culturel qui ne passe pas inaperçu et commence à modifier la perception négative que les Gabonais ont trop souvent de leurs traditions.