Le partage du gâteau
Les Portugais découvrent l'embouchure du Como en 1472 et le nomment Gabao, exprimant ainsi l'aspect inaccessible  de  ses  côtes,  encapuchonnées d'un épais manteau de forêt, d'apparence hostile et impraticable. La côte se baptise alors des noms de Lopez ou Fernan Vaz.
Au début du XVIe siècle, les jésuites, suivant les marins, s'intéressent aux populations locales... pour les faire travailler dans  leurs  plantations  d'orangers,  de cocotiers, de bananiers ou de manioc. Ils « recrutent » rapidement quelque 30 000 esclaves.



Le temps des voyageurs de commerce

Les Européens s'apercevant un peu tard qu'ils ont massacré les Indiens d'Amérique du Sud, voient dans l'Afrique le réservoir de main d'œuvre qui leur fait défaut. Les Portugais sont rapidement suivis des Espagnols,  des  Hollandais,  puis  des Français et des Anglais. Vers 1600, les Hollandais occupent les îles Elobey dans l'Estuaire et se font massacrer par les M'Pongwé qui voient d'un mauvais oeil l'édification  de  murailles  percées  de canons dirigés vers leurs villages. Ces mêmes M'Pongwé céderont toutefois aux charmes du commerce avec les Français et les Anglais, sans doute plus diplomates. La traite, qui bat alors son plein, à deux graves incidences directes sur les populations côtières : une véritable hémorragie  démographique  et  la mauvaise habitude de vivre du troc de bétail humain contre tout ce qui était nécessaire à leur vie quotidienne, que ce soient les objets manufacturés ou la nourriture. Ce n'est qu'en  1793 que viendra de France, avec la révolution, une timide prise de conscience des ravages et de l'inhumanité de l'esclavage. Mais il faudra attendre 1848 pour que son interdiction  prenne vaguement effet et 1900 pour que la traite soit effectivement interdite.


L'installation Française

La répression de la traite fournira le prétexte à la marine française de signer les premiers traités avec les rois de l'Estuaire à partir de 1837. Les patrouilles côtières officiellement destinées à intercepter les négriers permettent au Français de faire l'inventaire des richesses du Gabon : ivoire,  ébène,  santal,  cire, gomme,  caoutchouc. L'Okoumé ne sera découvert qu'à la fin du XIXe siècle. Peu à peu, les traités sont signés avec les rois de l'Estuaire, et les esclaves libérés lors d'arraisonnement de bateaux, débarqués sur la côte, fondent Libreville. Les missionnaires suivant de près les commerçants commencent à se disputer ces âmes. Le Père Bessieux fonde en 1845 la Mission Sainte Marie et tente de concurrencer ses rivaux protestants américains déjà installés à Baraka.  

L'exploration fastidieuse de l'intérieur

De 1844 à 1883, Bigeard, Bouët-Willaumez, Chaillu ou Savorgnan de Brazza rivalisent de courage pour pénétrer à l'intérieur des terres. Ils en profitent pour s'accaparer en toute bonne conscience ces territoires « vierges » et y planter l'étendard français. En 1884, la colonie du Congo est officiellement établie et le pillage peut alors continuer en toute légalité.

Le règne des Compagnies

Avec la conférence de Berlin en 1906, les européens s'entendent sur le partage de l'Afrique en définissant les frontières sans tenir compte du relief, du régime des eaux des fleuves, encore moins des ethnies. Ce découpage arbitraire ne facilite pas l'harmonie dans les colonies et de larges territoires passent de mains en mains suivant les  jeux  d'alliance  et  de  traités  entre l'Allemagne,  la  France,  l'Angleterre,  la Hollande et l'Espagne. Les grandes compagnies de ces différents pays agissent en petits dictateurs, réquisitionnant les villageois, s'accaparant les richesses sous la menace de milices armées, imposant des conditions de travail inhumaines aux populations autochtones.  Les soulèvements se multiplient et la répression s'intensifie.  

La lutte pour l'indépendance

L'entre-deux-guerres voit naître une génération d'hommes qui luttent pour une organisation politique et sociale plus juste. Le Mouvement Nationaliste Africain, né aux Antilles en 1900 gagne l'Afrique et en 1919, se crée à Libreville une sous section de la Ligue des Droits de l'Homme et du Citoyen comprenant l'intelligentsia  de  l'époque  :  Jean-Baptiste Ndendé, Antoine M'Ba, Ignace Békalé,  N'Tumune  Ossame,  Maurice N'Gome  Obiang,  Victor  Obame Otsagne,  Paulin  N'Dingo,  Martin Tambani Issembe et Léon M'Ba. En 1946,  chaque territoire de l'Afrique Equatoriale Française se voit dotée d'un député  à  l'Assemblée  Nationale Française. En 1956, Houphouët-Boigny et Gaston Déferre mettent au point la loi-cadre qui introduit la notion d'autonomie interne de chaque territoire. En 1958, le Général De Gaulle crée la Communauté Française qui autorise la création d'État autonome dans les colonie et la République gabonaise est proclamée le 29 novembre 1958. Léon M'Ba est nommé Premier Ministre le 19 février 1959.  Le 17 août 1960, l'Indépendance est proclamée et le 20 novembre, le Gabon est admis à siéger à l'ONU. Élu Président de la République Gabonaise le  12 février 1961, Léon M'Ba le restera jusqu'à sa mort en 1967. Ministre délégué puis responsable de la Défense Nationale et de la Coordination, Albert-Bernard Bongo devient rapidement un conseillé très écouté par le Président Léon M'Ba. En 1966, il devient Vice-Président. Au décès de Léon M'Ba, en 1967, il devient logiquement le second Président  de  la  jeune  République Gabonaise et fonde le Parti Démocratique Gabonais qui restera parti unique jusqu'en 1991. Le Président Bongo, devenu entre temps El Hadj Omar Bongo suite à sa conversion à l'islam, sera réélu en 1973, 1979, 1986, 1993 et 1998.


La « Rénovation »

Dans un discours prononcé le l er janvier 1968, le nouveau Président annonce sa volonté de poursuivre l'oeuvre de son prédécesseur tout en soulignant la nécessité d'insuffler au pays un esprit nouveau qu'il symbolise par le mot de « Rénovation » qui deviendra un leitmotiv dans ses discours et sa politique. En mars 1991, une nouvelle constitution est adoptée qui instaure le multipartisme. Les élections législatives de 1993 aboutissent à la mise en place d'une Assemblée Nationale composée de 8 partis. Le PDG obtient à lui seul la majorité absolue de 75 sièges sur  120. Le Président Omar Bongo sera réélu en 1993 et 1998.



Le spectacle d'une nature restée vierge et sauvage


D'accès difficile, le Gabon doit à sa nature d'une extraordinaire densité d'avoir été préservée de la deforestation. Avec 200.000 km2 de forêt pour une superficie totale de 267 000 km2, il reste l'une des rares régions du monde à conserver une forêt primaire.

La forêt primaire

Des centaines d'espèces végétales se superposent, s'interpénétrant, se juxtaposent pour composer la forêt équatoriale primaire qui recouvre la majorité de la surface de l'ouest du pays, du nord au sud. Des régions montagneuses des Monts de Cristal, du massif du Chaillu ou des collines de Mayumbé, n'émergent que quelques colosses de 70 mètres de hauteur dont le tronc mesure plusieurs mètres de diamètre. Viennent ensuite un premier étage à 40 mètres de hauteur, un second à 25 mètres et un troisième à  10 mètres environ. Aucune  végétation  ne  peut croître sous cette voûte opaque  qui arrête la lumière du soleil ne laissant aux sous-bois qu'une triste pénombre entre les fûts des troncs et les lianes qui s'élancent vers la lumière. Le sol, jonché de végétaux en  décomposition, génère une épaisse couche d'humus dont se nourrit cette cathédrale naturelle.  

La forêt secondaire

Née de la repousse sur des zones exploitées par l'agriculture et les forestiers, la forêt  secondaire  se  retrouve donc le long des vallées les plus accessibles et à la périphérie des zones habitées. Laissant éclore des espèces qui n'ont pas leur place dans les sous-bois obscurs, elle se présente sous la forme d'un enchevêtrement quasiment infranchissable de fougères, d'arbustes et de fleurs  d'une  infinie variété.  Les  bois durs font place aux bois tendres et la forêt, de taille plus humaine, foisonne d'espèces animales et végétales dont certaines n'existent nulle part ailleurs.

La dentelle des palétuviers

C'est dans les domaines marécageux, le long des côtes, que règne en maître le palétuvier dont les racines aériennes dessinent un lacis enchevêtré, semé de grottes  de  verdure.  Royaume  des oiseaux, ce monde aquatique explique en grande partie la difficulté qu'eurent les hommes à aborder le Gabon par la mer.

Les clairières et la nature des sols

La forêt, aussi dense soit elle, est régulièrement entrecoupée de clairières et de prairies à l'herbe rase. La nature calcaire et poreuse des sols à ces endroits explique l'absence de végétation luxuriante. Véritable respiration de la forêt dans les zones de l'ouest, les clairières deviennent  prairies  vers  l'est  (la Ngounié, la Nyanga) puis savanes avec les plateaux Batékés.

Un monde aquatique

Le pays est véritablement maillé par d'innombrables cours d'eau, rivières et fleuves qui constituent souvent la seule voie de passage pour pénétrer l'intérieur des terres. Il fallut l'arrivée de l'aviation  pour  détrôner  la  pirogue comme moyen de transport quasi exclusif au Gabon. Encore ne s'agit pas d'un voyage tout repos : rapides, chutes d'eau, forêts inondées, lagune et marécages viennent ponctuer les immenses boulevards que constituent l'Ogooué, la Mpassa, le NTem, la Léconi, l'lvindo, l'Abanga, la Lolo ou la Nyanga .

Un relief peu élevé mais très accidenté

À l'ouest et au nord du pays, les Mont de Cristal, le massif du Chaillu, le monts lboundji et Mayumbé son autant d'obstacles tapissés de forêt, qui s'ils  ne  dépassent pas  1000   mètres d'altitude, rendent le passage extrêmement difficile et le paysage particulièrement majestueux. Il faut atteindre le sud-est  et  les  collines  avoisinant Franceville pour retrouver un paysage aux formes douces et apaisantes.
C'est l'association de cette nature indomptable et d'une histoire marquée par l'exploitation coloniale tardive qui explique en grande partie le développement très récent de l'économie gabonaise.